{"id":1361,"date":"2023-01-20T09:44:19","date_gmt":"2023-01-20T08:44:19","guid":{"rendered":"https:\/\/www.sanstransition.org\/?page_id=1361"},"modified":"2023-01-20T09:44:19","modified_gmt":"2023-01-20T08:44:19","slug":"dans-des-habitats-partages","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.sanstransition.org\/index.php\/interventions\/recits-dinterventions\/dans-des-habitats-partages\/","title":{"rendered":"Dans des habitats partag\u00e9s"},"content":{"rendered":"\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Quand l&rsquo;utopie politique se confronte au principe de r\u00e9alit\u00e9<\/h3>\n\n\n\n<p>Le groupe qui fait appel \u00e0 nous a pour projet un habitat collectif, un terrain agricole avec la construction d&rsquo;habitats l\u00e9gers coupl\u00e9 \u00e0 une activit\u00e9 professionnelle de maraichage.&nbsp;Il s&rsquo;agit alors de d\u00e9m\u00ealer un imbroglio de relations affectives qui produisaient de fortes tensions.&nbsp;Tensions qui emp\u00eachaient, en partie, la prise de d\u00e9cisions : d\u00e9cisions extr\u00eamement engageantes (apport financier individuel important, achat de terrain, engagement sur du tr\u00e8s long terme,&#8230;). Les discussions collectives sont empruntes des rapports affectifs particuliers et parfois conflictuels que chacun entretient avec les autres,&nbsp;sans que cela ne puisse s&rsquo;exprimer. Le projet politique, profond\u00e9ment collectif, se confronte aux besoins individuels, le curseur de chacun \u00e9tant dans l&rsquo;ombre pour les autres.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les trois jours d&rsquo;analyse r\u00e9v\u00e9leront la r\u00e9elle pr\u00e9gnance d&rsquo;une vision politique commune et la manifestation pour chacun de son fort d\u00e9sir d&rsquo;engagement dans le projet. L&rsquo;utopie collectiviste sera confront\u00e9e \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 des relations entre les personnes ; un constat sera op\u00e9r\u00e9 : \u00ab\u00a0dans les faits, on ne s&rsquo;aime pas tou.te.s pareil et cela ne remet pas pour autant en cause la vision politique\u00a0\u00bb. C&rsquo;est aussi l&rsquo;id\u00e9al \u00e9galitariste qui sera d\u00e9pli\u00e9 : l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 des apports financiers, entre autres, a des cons\u00e9quences tr\u00e8s concr\u00e8tes sur les actions et les r\u00e9actions (distribution du pouvoir r\u00e9el, difficult\u00e9 d&rsquo;engagement sur le long terme,&#8230;).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd&rsquo;hui, ce collectif est install\u00e9 sur le terrain et l&rsquo;activit\u00e9 de maraichage a d\u00e9but\u00e9e. Nous sommes r\u00e9-intervenus par deux fois : la premi\u00e8re pour faciliter une prise de d\u00e9cision quant \u00e0 la possibilit\u00e9 de salarier l&rsquo;un d&rsquo;entre eux, un travail sur l&rsquo;\u00e9clairage des enjeux et des cons\u00e9quences a \u00e9t\u00e9 op\u00e9r\u00e9. La seconde fois a permis au collectif de faire le point sur les \u00e9volutions op\u00e9r\u00e9es depuis notre premi\u00e8re intervention, presque deux ans auparavant. C&rsquo;est un temps o\u00f9 l&rsquo;histoire se raconte, elle devient par-l\u00e0 collective; dans ces nouveaux projets alternatifs \u00ab\u00a0habiter &#8211; produire &#8211; consommer\u00a0\u00bb, il y a encore peu de r\u00e9f\u00e9rences communes, de mod\u00e8les auxquelles se raccrocher :\u00a0\u00ab\u00a0on navigue \u00e0 vue\u00a0\u00bb.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Quand l&rsquo;analyse d&rsquo;un litige de voisinage permet de sortir du silence et de la d\u00e9fiance les habitants d&rsquo;un hameau<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Nous sommes appel\u00e9s pour une intervention dans un hameau, regroupant une vingtaine de maisons, o\u00f9 les relations sont ab\u00eem\u00e9es depuis longtemps entre plusieurs personnes. Avec le confinement, la situation est devenue invivable : l&rsquo;intervention doit avoir lieu d\u00e8s que possible. La raison de notre pr\u00e9sence nous est pr\u00e9sent\u00e9e comme un conflit bipartite opposant d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 cinq membres d&rsquo;une indivision immobili\u00e8re, et de l&rsquo;autre, un couple.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;objet du conflit bipartite est le statut du terrain central du hameau, propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e du couple selon le cadastre, et dont des membres de l&rsquo;indivision revendiquent la collectivisation. Le premier jour, l&rsquo;assembl\u00e9e qui nous accueille est compos\u00e9e de ces deux parties prenantes. Le lendemain, d&rsquo;autres habitants du hameau sont invit\u00e9s. Leurs apports permettent de prendre de la distance, de mettre \u00e0 jour les dynamiques de conflits ant\u00e9rieurs : le conflit autour du terrain central apparait alors comme une occurrence parmi d&rsquo;autres d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne r\u00e9current d&rsquo;exclusion ou de mise en retrait, selon le point de vue.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;installation dans le hameau a \u00e9t\u00e9 initi\u00e9e par le d\u00e9sir d&rsquo;une personne de regrouper plusieurs familles sur un projet \u00e9cologique, de partage de communs et d&rsquo;ouverture vers l&rsquo;ext\u00e9rieur, concr\u00e8tement : assainissement, potager, accueil, \u00e9v\u00e8nements culturels. Au fil des mois ou des ann\u00e9es, pour diff\u00e9rentes raisons, plusieurs habitants se sont \u00e9loign\u00e9s de ce projet, chaque fois heurt\u00e9s par les mani\u00e8res de \u00ab\u00a0faire collectif\u00a0\u00bb du groupe de l&rsquo;indivision, parfois happ\u00e9s par la vie familiale (enfants en bas age) ou concentr\u00e9s sur le d\u00e9veloppement de leur activit\u00e9 professionnelle, &#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Les r\u00e9unions de l&rsquo;ensemble des habitants du hameau ont fini par se confondre avec les r\u00e9unions des membres de l&rsquo;indivision, les plus investis dans la dimension collective du hameau, et aussi les propri\u00e9taires des terres agricoles de ce hameau. Ils et elles deviennent d\u00e9positaires de l&rsquo;ambition initiale du projet, accumulent des ranc\u0153urs \u00e0 donner sans recevoir en retour, et cultivent une forme de m\u00e9pris envers ceux de leurs voisins qui auraient abandonn\u00e9s l&rsquo;id\u00e9al pour un repli sur le mod\u00e8le de la famille traditionnelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Face \u00e0 la grandeur du projet initial, le sentiment d&rsquo;\u00e9chec se cristallise sur le terrain central, porteur de la dimension symbolique de place du village. C&rsquo;est dans ce contexte de manque de confiance, de croyances des uns sur les autres, que le conflit autour du terrain central s&rsquo;est envenim\u00e9. Les d\u00e9saccords et les ranc\u0153urs sont aggrav\u00e9s par des menaces, des violences verbales ou \u00e9crites, de longs silences punitifs. Avec le confinement, il devient invivable d&rsquo;avoir des voisins avec qui on n&rsquo;\u00e9change plus un mot, \u00e0 peine quelques regards charg\u00e9s d&rsquo;animosit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Aux yeux de tous, il appara\u00eet que l&rsquo;origine de ces dynamiques de conflits est interne au groupe propri\u00e9taire de l&rsquo;indivision : le d\u00e9bordement des dysfonctionnements internes de ce groupe moteur du hameau exclue de la vie collective les autres habitants du hameau. L&rsquo;unit\u00e9 de l&rsquo;indivision est fragile, au del\u00e0 de la coh\u00e9sion id\u00e9ologique et affective, elle tient sur la n\u00e9cessit\u00e9 de faire face ensemble \u00e0 la pr\u00e9carit\u00e9. Dans cette promiscuit\u00e9-intimit\u00e9, chacun s&rsquo;octroie des espaces de fuite.<\/p>\n\n\n\n<p>Les membres de l&rsquo;indivision attendaient de nous un arbitrage en leur faveur sur les usages du terrain, notre intervention aura permis une prise de conscience de leurs dynamiques internes. Si cette intervention a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e par l&rsquo;assembl\u00e9e comme un espace de n\u00e9gociation l\u00e0 o\u00f9 la communication \u00e9tait totalement rompue, elle a surtout permis de r\u00e9-ouvrir la possibilit\u00e9 du dialogue entre les habitants du hameau et les membres de l&rsquo;indivision, au sens propre du terme, c&rsquo;est-\u00e0-dire sortir du silence install\u00e9 parfois depuis plusieurs ann\u00e9es entre certaines personnes. Cette intervention s&rsquo;est termin\u00e9e sur une f\u00eate, ce qui \u00e9tait impensable la veille encore.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Quand un habitat group\u00e9 s&rsquo;autorise \u00e0 ne plus faire collectif pour retrouver de la fluidit\u00e9<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Un collectif de propri\u00e9taires fait appel \u00e0 des socianalystes devant des blocages relationnels et une crise de confiance. C&rsquo;est un lieu-dit o\u00f9 deux terrains mitoyens ont \u00e9t\u00e9 achet\u00e9s simultan\u00e9ment, chacun par un groupe de quatre personnes ; ces derni\u00e8res s&rsquo;\u00e9tant rassembl\u00e9es pr\u00e9cis\u00e9ment pour cet achat. Sur un terrain, une maison habitable, sur l&rsquo;autre, des habitats l\u00e9gers et un b\u00e2timent d\u00e9cati. Le terrain et la maison accueillent des locataires pour des p\u00e9riodes plus ou moins longues, parfois en d\u00e9pannage. Les habitants font face \u00e0 une crise de confiance assez importante, et n&rsquo;arrivent plus \u00e0 communiquer tous ensemble. Certain.e.s ne se parlent plus du tout depuis quelques mois.<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9clencheur de la crise actuelle fait suite \u00e0 une d\u00e9cision prise dans l\u2019urgence sur leur protocole de confinement : une locataire s&rsquo;est vue emp\u00each\u00e9e d&rsquo;accueillir son compagnon, et ce couple envisageait des allers-venues entre leurs domiciles respectifs, \u00e9loign\u00e9s de quelques kilom\u00e8tres. La situation sanitaire est un pr\u00e9texte : une habitante ne supporte pas la pr\u00e9sence dudit compagnon depuis un certain nombre d&rsquo;ann\u00e9es d\u00e9j\u00e0. Tous se conforment \u00e0 la d\u00e9cision de cette exclusion temporaire, m\u00eame si certains la trouvent injuste. Pour ces derniers, cet \u00e9v\u00e8nement r\u00e9v\u00e8le des d\u00e9saccords sur le terrain des valeurs, une attaque de la libert\u00e9 individuelle, l&rsquo;ing\u00e9rence dans l&rsquo;intimit\u00e9 d&rsquo;un couple. La communication est rompue, ce qui am\u00e8ne le collectif \u00e0 s&rsquo;accorder sur l&rsquo;intervention d&rsquo;un tiers.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce collectif d&rsquo;acheteurs est aussi constitu\u00e9 d&rsquo;entit\u00e9s plus petites : quatre couples. L&rsquo;un s&rsquo;est s\u00e9par\u00e9 entre la signature de l&rsquo;achat et l&rsquo;installation sur le terrain, un autre est jug\u00e9 en souffrance. Certains n&rsquo;avaient que peu de contacts avant l\u2019achat du lieu, il y a quelques ann\u00e9es. Pendant l&rsquo;intervention, une \u00e9vidence s&rsquo;impose : au del\u00e0 d&rsquo;un titre de propri\u00e9t\u00e9, certaines personnes ne partagent que tr\u00e8s peu d\u2019affinit\u00e9s ce qui rentre en confrontation avec la promesse de faire collectif, de mettre sur pied un projet \u00e0 huit. Face au d\u00e9litement du collectif, certain.e.s se sentent isol\u00e9.e.s et une question les traverse : partir ou rester ?<\/p>\n\n\n\n<p>Il n&rsquo;y a plus eu de concertations \u00e0 huit depuis des mois, et face \u00e0 la d\u00e9sorganisation collective, dans laquelle chacun attend que les autres se positionnent, certains avancent, sans concertation, ce qui cr\u00e9e des crispations parce qu\u2019elles ont des impacts directs sur l\u2019organisation de l\u2019ensemble des habitants. La source de l\u00e9gitimit\u00e9 \u00e0 d\u00e9cider est l&rsquo;investissement financier sur le foncier, la l\u00e9gitimit\u00e9 exclusive des acheteurs, y compris celui qui n&rsquo;habite pas sur place. L&rsquo;analyse d\u00e9voile l&rsquo;absence de pouvoir des locataires.<\/p>\n\n\n\n<p>Si certains espaces sont ouvertes aux huit personnes, les investissements sont support\u00e9s par le groupe propri\u00e9taire du terrain concern\u00e9. Apr\u00e8s un lourd investissement de d\u00e9part, un groupe finance ainsi un potager et un parking. L&rsquo;autre groupe s&rsquo;est engag\u00e9 \u00e0 financer la r\u00e9novation du b\u00e2timent d\u00e9cati, leur part de d\u00e9part \u00e9tant moins importante. Ce b\u00e2timent est situ\u00e9 entre les deux terrains, il destin\u00e9 \u00e0 des activit\u00e9s publiques et il cristallise les ambitions collectives. Pour l&rsquo;instant, il menace de s&rsquo;effondrer.<\/p>\n\n\n\n<p>Le dossier de permis de construire doit \u00eatre compl\u00e9t\u00e9 au plus tard le lendemain de l&rsquo;intervention, \u00e0 d\u00e9faut, la proc\u00e9dure en cours sera annul\u00e9e. Le groupe devant financer seul cette r\u00e9novation y renonce pendant l&rsquo;intervention. Cette d\u00e9cision est symbolis\u00e9 par l&rsquo;abandon du d\u00e9p\u00f4t du dossier de permis de construire. Le collectif d\u00e9cide de se lancer dans un chantier de consolidation, pour emp\u00eacher l&rsquo;effondrement du b\u00e2timent. L&rsquo;intervention permettra finalement de constater qu&rsquo;un projet commun est complexe \u00e0 mettre en place et par-l\u00e0, \u00e0 s&rsquo;autoriser \u00e0 ne plus faire collectif \u00e0 huit, de laisser exister deux entit\u00e9s aux modes de fonctionnement diff\u00e9rent, de veiller \u00e0 la place des locataires dans les d\u00e9cisions qui les impactent et de retrouver une forme de fluidit\u00e9 au quotidien.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quand l&rsquo;utopie politique se confronte au principe de r\u00e9alit\u00e9 Le groupe qui fait appel \u00e0 nous a pour projet un habitat collectif, un terrain agricole avec la construction d&rsquo;habitats l\u00e9gers coupl\u00e9 \u00e0 une activit\u00e9 professionnelle de maraichage.&nbsp;Il s&rsquo;agit alors de d\u00e9m\u00ealer un imbroglio de relations affectives qui produisaient de fortes tensions.&nbsp;Tensions qui emp\u00eachaient, en partie, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":1348,"menu_order":2,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"footnotes":""},"class_list":["post-1361","page","type-page","status-publish","hentry"],"jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.sanstransition.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1361","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.sanstransition.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.sanstransition.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.sanstransition.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.sanstransition.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1361"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.sanstransition.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1361\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1362,"href":"https:\/\/www.sanstransition.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1361\/revisions\/1362"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.sanstransition.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1348"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.sanstransition.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1361"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}